En feuilletant Telerama chez des amis ce week-end, je suis tombé sur une pub carrefour qui m'a laissé dubitatif. En plein milieu d'un article sur le développement des écoquartiers (l'habitat "vert"), on pouvait voir cela :
Et puis, deux pages plus loin, toujours dans le même article, la même pub, page entière, version bidoche cette fois, avec une cotelette à la place du poisson.
J'ai pompé un texte sur le site du journal du Dimanche qui explique en substance le projet du groupe Carrefour :
" Le groupe de grande distribution Carrefour a choisi d'estampiller 300 produits de sa propre marque « nourri sans OGM », en réponse au souhait des consommateurs de savoir comment le bétail est nourri, a annoncé le directeur exécutif de Carrefour France au Journal du dimanche (JDD).
Le nouveau logo, vert et rond, « nourri sans OGM », fera son apparition mardi sur quelque 300 produits (veau, œufs...).
Le groupe rappelle qu'il a développé en 1998, « par principe de précaution », une filière d'alimentation animale sans OGM, qui regroupe 3.000 producteurs, éleveurs et industriels de l'agroalimentaire. Les produits étiquetés sont garantis sans OGM à 99,1 %, « ce qui correspond au seuil communément admis », selon James McCann. Carrefour voudrait étendre la démarche aux produits laitiers, ajoute-t-il.
...
« Aujourd'hui, pour être certains de consommer des produits issus d'animaux nourris sans OGM, les consommateurs n'ont d'autre choix que les produits bio », a rappelé Arnaud Apoteker, chargé de la campagne OGM de Greenpeace.
Bon. Qu'est-ce que ça inspire à mon cerveau de producteur bio tout ça ? D'abord, qu'on va donner aux clients de Carrefour plus de "lisibilité" sur les produits alimentaires. Objectivement, c'est plutôt une bonne nouvelle. WWF et Greenpeace s'en félicitent d'ailleurs. Maintenant, on peut quand même dire que si chez Carrefour on positive, là, on a tendance à un peu trop positiver.
D'abord parce que Carrefour ne fait à priori qu'anticiper la promulgation d'un décret sur l'étiquetage des produits non modifiés génétiquement, actuellement en cours d'examen par le Haut-Conseil des biotechnologies. En prenant un peu d'avance sur cette loi, l'enseigne se fait un sacré coup de pub. Sachant bien sûr que l'écrasante majorité des français refusent les OGM dans leur alimentation (ils ont quand même fait des sondages chez Carrefour pour s'en assurer).
Ensuite, c'est pas moi qui le dit, c'est le chargé de comm de Greenpeace, monsieur Apoteker (un pharmacien ?), ces produits non ogm sont présentés comme une alternative aux produits bios, car en effet comme le dit ce charmant monsieur, "aujourd'hui, pour être certains de consommer des produits issus d'animaux nourris sans OGM, les consommateurs n'ont d'autre choix que les produits bio ».
Et là ben je sais pas, mais le producteur bio moyen que je suis, il en éprouve comme une sorte de gène, non modifiable celle la pour le coup. Pourquoi faudrait il présenter une "alternative" aux produits bios ? Ce genre de propos venant de la bouche de quelqu'un de chez Greenpeace, ça m'irrite un peu. Pas au point de remettre à flot le rainbow warrior pour pouvoir le faire couler à nouveau, mais au point quand même d'avoir envie d'exprimer mon ressentiment sur ce blog. Y'a des organisations comme Greenpeace qui militent pour la démocratie et que pour que chacun puisse s'exprimer librement, alors je vois pas pourquoi j'en profiterais pas.
Alors c'est quoi cette histoire d'alternative qu'il faudrait offrir aux produits bios ? On aurait besoin d'une troisième voie entre les vilains produits de l'industrie agro-alimentaire plein de pesticides et les produits bios ? Pourquoi cela ? Pour offrir aux consommateurs au pouvoir d'achat en berne des produits de bonne qualité mais meilleur marché que les produits bios, voilà le message que Carrefour et Greenpeace veulent nous fait passer ? Des produits pas bios, mais presque. D'ailleurs le logo d'identification de ces produits est presque vert, si c'est pas une preuve que ces produits sont presque bios je sais pas ce qu'il vous faut.
Ceux qui viennent de passer en deux temps trois mouvements de l'ère du travailler plus pour gagner plus à l'ère du travailler plus pour cotiser plus devraient y trouver leur compte.
Parce que chez Carrefour, ils sont comme ça, ils ont le cœur sur la main.
Enfin c'est surtout que comme ça, ils peuvent garder la main sur le portefeuille aussi, il faudrait quand même pas l'oublier. C'est d'ailleurs une des raisons pour lesquelles la bio a mis tant d'années à se développer. Le prix de revient des produits bios est plus élevé que ceux issus de l'agriculture intensive, tout le monde le sait. Comment offrir aux consommateurs des Carrefour et autre Auchan des produits bios au même prix que ceux auxquels on les a habitué sans rogner la marge confortable du distributeur ? Sujet bien délicat auquel les grandes enseignes ne trouvent malheureusement pas le temps de réfléchir... Autre point délicat, la part du budget que l'on consacre à l'alimentation est passée de 25% il y a quarante cinq ans à 12% en moyenne aujourd'hui. Si on acceptait de revenir aux équilibres d'après-guerre, tout le monde pourrait manger bio ! Mais je fais comment pour payer mon abonnement internet, je vous pose la question ? Et mon abonnement à Télérama ?
Biocoop qui n'a pas la puissance de communication des leaders de la grande distrib s'est émue de cette nouvelle campagne de comm de Carrefour, en mettant en avant que chez eux ils n'avaient pas attendu le 25 octobre 2010 pour étiqueter 300 produits "nourris sans OGM" (sur les dizaines de milliers dispos à la vente chez Carrefour ?!). Chez Biocoop, tous les produits proposés étant issus de l'agriculture bio, ils sont de fait sans OGM. La production bio fait par ailleurs l'objet de contrôle par des organismes indépendants comme Ecocert. Qui va vérifier la garantie d'une nourriture non OGM pour les filières d'approvisionnement de Carrefour ? La question est bonne, je me remercie de vous l'avoir posé.
On ajoutera que des enseignes spécialisées comme Biocoop ou La vie claire, pour encourager le développement de l'agriculture biologique, présentent à leurs clients des produits issus d'exploitation en conversion, quand les grandes enseignes de la distribution traditionnelle se désintéressent de ces produits, le logo AB, la "marque" des produits bios aux yeux des consommateurs moyens ne pouvant y être apposé par le producteur qu'à l'issue de cette période de conversion qui peut durer quatre ans pour les cultures pérennes comme l'arboriculture ou, au hasard, la viticulture (au hasard).
En somme, d'un côté, une certaine forme d'engagement, et de l'autre un pur business, avec une communication dirigée, qui permet de temporiser par rapport au développement de la bio et de jeter une fois de plus le trouble dans l'esprit des consommateurs. Sans compter que les poissons d'élevage nourris sans OGM, qui nous garantit qu'ils ne sont pas OGM eux-mêmes ? La réponse est peut-être dans le prochain numéro de Télérama ?


Bravo pour cette analyse détaillée.
RépondreSupprimerSi Carrefour se souciait vraiment de la santé de ses clients, il ne mettrait pas seulement une étiquette "nourri sans OGM", il supprimerait de ses rayons tous les "nourris avec OGM" ; la grande distribution surfe sur la vague pour mieux plumer le client ; le surcoût des produits bio de l'ordre de 30% ? mais la grande distribution a des surcoûts bien supérieurs pour ce qui n'est pas produit stricto sensu de base ; car celles et ceux qui veulent consommer bio n'ont qu'à payer ; et ce sont les mêmes qui rachètent des terres dans les pays de l'Est à moindre coût pour délocaliser la production bio (et faire concurrence aux producteurs locaux et donc à nos emplois !) et faire que les paysans de là bas ne sont même plus propriétaires de leurs terres ; et qui se feront mousser aupres de la presse de la finance avec un magnifique rapport sur leurs engagements en terme de développement durable.
Une seule solution ; le boycott
Bonjour Lilian,
RépondreSupprimerJ'ai découvert votre blog sur "Alastyn" et je le trouve très pertinent!
Nous ne faisons pas de viticulture bio actuellement, mais on suit le "mouvement" avec beaucoup d'intérêt.Les commentaires de Catherine soulève les points auxquels je pensais aussi. Un des moyens de "combattre" la grande distribution est d'essayer d'acheter en maximum en directe, via les salons (de vins), marchés, ou sur place, mais malheureusement les français sont devenus "acros" aux grands surfaces.....
Bien à vous,
Jennifer Fluteau
Jennifer Fluteau
et le "raisonné" n'est-il pas en viticulture le pendant de cette démarche - louée comme "troisième voie entre les vilains produits de l'industrie agro-alimentaire plein de pesticides et les produits bios";-)) ??
RépondreSupprimerMerci Catherine d'avoir prolongé mon analyse par votre commentaire, et bravo à vous pour vos engagements en faveur de la bio que je viens de découvrir. Jennifer, d'accord avec vous, mais ce n'est pas si simple. C'est vrai que les français sont acros aux grandes surfaces. Mais ne desesperons pas. Nous avons la chance de pouvoir nous appuyer sur un réseau de cavistes dont la valeur ajoutée pour le consommateur est évidente par rapport à ces kilomètres de linéaires de vins dans les grandes surfaces où le client est livré à lui-même pour faire un choix. Content aussi de voir que les bios ont des "sympathisants" chez les vitis qui n'ont pas encore choisi cette voie :) mais à vous lire, je pense que la question est en sérieuse balance chez vous :)
RépondreSupprimerIris, tu as raison. mais je crois qu'on a passé la vitesse supérieure en matière de comm maintenant. Un caviste me disait l'autre jour qu'avant tout le monde disait faire du raisonné, mais que tout le monde dit maintenant faire du bio. Vivement que les actes rejoignent les discours :)
euhhhh, je te trouve un peu sectaire là, Lilian ;0)))
RépondreSupprimerIsabelle
Bonjour Lilian,
RépondreSupprimerBravo pour ce post que j'ai vu sur Alastyn ! Très bonne analyse en effet et avec humour. Reprendre un domaine de 7 ha en Beaujolais et le convertir direct en bio... Sur un millésime comme 2008... Bravo parce que c'est un sacré boulot. J'en sais quelque chose parce que j'ai travaillé comme chef de culture sur Fleurie et Moulin à Vent (Jules Desjourneys) avec au menu piochage de 4,5 ha en hiver, sarclage et desherbage manuel en 2 passages en été + 2 jours d'atomiseur à dos par semaine... J'espère que vous avez réussi à mécaniser un minimum... Tout ça pour vous féliciter du travail et je suis curieux de vous visiter à l'occasion d'un passage à Fleurie.
Benoît ROSEAU (http://closdupigeonnier.blogspot.com/)