Mais qu'est-ce que c'est que ce temps ? Rassurez-vous je ne vais pas vous saouler une fois de plus avec mes considérations philosophiques à deux balles sur le temps qui passe, le temps qui ne serait qu'une construction de l'esprit, le temps qui tisse les jours, le temps qui fait et défait les volontés de l'homme et ses aspirations. Non, je vous parle du temps qui fait dehors. Un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître parce qu'ils préfèrent rester au chaud à l'intérieur à jouer à la wii. Je les comprends un peu. Je voudrais pas casser le mythe, mais y'a des jours, le métier de vigneron, c'est d'un pénible. Au bout d'une demi-heure de sécateur, je me suis dit que c'était pas une vie, que même mon chien il avait envie de rentrer, qu'on est pas des bêtes quand même. C'est peut-être le réchauffement climatique, ça se traduit peut-être par une baisse des températures ? Mais qui va les tailler mes milliers de ceps, je vous pose la question, si ça caille comme ça tout l'hiver ? Un ancien me racontait l'autre jour qu'en 56 il avait fait tellement froid qu'ils n'avaient pas pu tailler avant le mois d'avril, qu'il y avait eu alors un monde dans les vignes, pire que sur le périph aux heures de pointe. Quoiqu'à mon avis il devait parler du périph dans les années 60, parce que maintenant ça devient vraiment n'importe quoi le périph, on se croirait dans le Beaujolais au moment des vendanges. Je sais pas si vous savez mais le Beaujolais accueille chaque année des dizaines de milliers de personnes pendant les vendanges, les machines elles devront nous passer sur le corps avant de passer sur nos ceps ! non mais. En même temps, on a pas (encore) le droit. Un jour peut-être les machines remplaceront les vendangeurs et il ne nous restera plus qu'à vendre nos terres et partir en ville. (??)
De chez moi, j'ai une vue dégagée sur les vignes du bas de Fleurie. Et bien, y'a des vignerons qu'il neige, qu'il pleuve, qu'il vente, qu'il les trois en même temps même, et bien ils y vont les gars, la capuche sur la tête, le corps penché sur le cep et ils taillent, ils taillent, ils taillent. (le "ils taillent" trois fois, c'est pas un copier/coller involontaire, c'est une figure de style pour bien insister sur le fait que quelque soit le temps, ben les gars ils taillent, ils taillent, ils taillent). Je dis chapeau. Moi, quand je sens plus mes doigts, tout à coup y'a un truc extraordinaire qui me vient à l'esprit et il faut absolument que je rentre pour le raconter sur le blog que si je l'écris pas de tout de suite je vais oublier et ça serait dommage pour vous. Et bien, tenez vous bien, figurez vous qu'hier soir on a mangé des pâtes de blé complet ! Dingue, non ? Les autres trucs que tu peux faire quand y pèle comme ça, c'est de trainer à la cave pour refaire les pleins des fûts des fois que depuis hier le niveau ait vachement baissé ou de regouter les vins pour voir si ça a évolué depuis hier parce qu'hier on était pas gâté non plus au niveau temps. Et bien à ce sujet, y'a quand même un truc marrant, c'est la façon dont le vin bouge avec le temps. Avec les temps devrais-je dire. Celui qui coule dans le sablier quand tu le retournes, et celui qui fait dehors. J'en fais régulièrement l'expérience avec toujours autant d'étonnement (combien de temps encore porterais-je sur le monde ce regard d'enfant émerveillé ? Au fait, le père Noël il existe ou pas alors ?). Bon je vais faire vite, le soleil est revenu. Je disais donc que force est de constater que le vent, la pression atmosphérique, la température ont une influence incroyable sur la manière dont goûtent les vins à la cave. Mais j'y reviendrai, pas le temps de développer, là le soleil brille à fond les ballons et j'ai un peu de boulot dehors et mon boulot c'est vigneron (enfin j'essaie) et pas blogueur. alors y faut que je taille, que je taille, que je taille et pas que trois fois ça serait trop beau.
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