jeudi 23 décembre 2010

Le Beaujolais est-il en crise ?

 Voici une vidéo d'un débat organisé par Lyon Capitale dans le cadre de son émission "on refait l'enquête" sur la crise que traverse le Beaujolais. On y apprend que cette crise qui dure maintenant depuis dix ans,  a entrainé la disparation d'un tiers des exploitations, et que sur les 2600 viticulteurs restants, la moitié connait aujourd'hui des difficultés économiques.  C'est dire si cette crise est dévastatrice pour notre vignoble.

 On y voit toutefois des professionnels optimistes, le président de l'interprofession qui croit au retour des vins du Beaujolais à Lyon, devant l'exceptionnelle qualité du millésime 2009 et l'image de nos vins qui se redresse, le président d'une grosse cave coopérative de la région satisfait de la baisse de volume de primeur autorisé à l'hectare qui a mécaniquement fait baisser le volume global disponible pour le négoce et permis ainsi un léger redressement des cours. Reste maintenant à trouver des clients pour le volume qui devra être écoulé en vin de garde. Quand je vois que notre citation dans le spécial vins du Point pour notre beaujolais villages 2009, nous a amené à ce jour deux clients à la propriété pour dix huit bouteilles vendues, j'ai quand même des doutes sérieux sur les débouchés de l'ensemble de ces vins. L'avenir nous dira si cette option est payante et si mon scepticisme vis à vis de cette stratégie n'est finalement pas fondé.

 Ce que j'ai retenu aussi du visionnage de cette vidéo, c'est que les journalistes lyonnais, même si en organisant ce débat témoignent de leur volonté d'aider la viticulture Beaujolaise à sortir de la crise, ont somme toute encore du mal à travailler au redressement de l'image déplorable du beaujolais nouveau. La vidéo démarre par un reportage sur les Sarmentelles, fête de lancement du beaujolais nouveau le troisième jeudi de Novembre organisée à Beaujeu, capitale historique du Beaujolais. On y interviewe des anonymes qui donnent leur impression sur le Beaujolais Nouveau  de l'année et nous voilà reparti sur le fameux gout de banane. On y découvre un jeune dans un état d'ébriété avancé, à qui on souffle ce qu'il doit dire, tellement l'alcool a rendu ses pensées confuses... On revient sur un des anonymes amateur de banane qui nous dit qu'après quarante verres, il ne sait plus finalement très bien si le Beaujolais nouveau a cette année son fameux gout de banane...Nous sommes bien loin de l'ambiance feutrée des hospices de Beaune, de la verve d'un Fabrice Lucchini...

 Quelle image veut on donner du Beaujolais Nouveau ? Un vin du peuple ? Très bien. Un vin de fête ? Très bien. Un vin d'ivrogne ? Un pisse dru à la banane ? 

 C'est d'ailleurs ce que pense le journaliste lyonnais Guillaume Lamy, spécialiste en gastronomie et en vins (on peut donc lui faire confiance...) invité au débat, puisqu'il prétend que neuf Beaujolais nouveau sur dix servis par les restaurateurs sont, je reprends ses mots, de la piquette... Neuf Beaujolais nouveau sur dix...Tout en manifestant sa préoccupation pour la situation de grande précarité des viticulteurs, tout en s'inquiétant  du nombre des suicides... Après tout c'est son droit de penser cela. Mais est-ce que toutes SES vérités sont bonnes à dire, dans un domaine où la subjectivité est reine ? Mais le pire, c'est finalement la réponse faite par nos représentants. Celle de dire que les beaujolais nouveaux sont des vins fragiles, qu'une fois la bouteille entamée, le vin s'oxyde et ne devrait plus être servi, que le vin doit être conservé dans de bonnes conditions... En gros, ce n'est pas nous, ce n'est pas notre vin, c'est la faute des restaurateurs. Formidable défense. Mais sont ils formés, ces représentants de la profession, à répondre intelligemment aux attaques des journalistes ? N'ont ils déjà pas entendu dire mille fois que le Beaujolais Nouveau c'est de la merde ? On ne leur demande pas de se livrer à des séances de coaching avec des professionnels de la communication comme le font les politiques avant les débats télévisés, mais il me semble qu'il y a un minimum. Ne pouvait il pas répondre à ce journaliste qu'on est pas obligé de partager son point de vue, que d'ailleurs les caves coopératives sont plus exigeantes sur la qualité du raisin, que l'âge moyen des vignes augmente, qu'elles produisent donc de meilleurs raisins en moindre quantité, que les vinifications sont mieux maitrisées, que l'époque des surchaptalisations est révolue, ou je ne sais quoi encore. En somme, avancer des arguments qui inciteraient nos meilleurs prescripteurs  auprès de la population lyonnaise que sont les restaurateurs à refaire confiance aux vins du Beaujolais plutôt que de leur faire porter le chapeau.

 Le redressement de l'image du Beaujolais passera par une communication maitrisée, par la construction d'un argumentaire solide contre les attaques trop fréquentes que subissent encore nos vins. Nos représentants ont manifestement encore quelques progrès à faire en la matière.




Le Beaujolais est-il en crise ?
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mercredi 15 décembre 2010

gla gla

 Mais qu'est-ce que c'est que ce temps ? Rassurez-vous je ne vais pas vous saouler une fois de plus avec mes considérations philosophiques à deux balles sur le temps qui passe, le temps qui ne serait qu'une construction de l'esprit, le temps qui tisse les jours, le temps qui fait et défait les volontés de l'homme et ses aspirations. Non, je vous parle du temps qui fait dehors. Un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître parce qu'ils préfèrent rester au chaud à l'intérieur à jouer à la wii. Je les comprends un peu. Je voudrais pas casser le mythe, mais y'a des jours, le métier de vigneron, c'est d'un pénible. Au bout d'une demi-heure de sécateur, je me suis dit que c'était pas une vie, que même mon chien il avait envie de rentrer, qu'on est pas des bêtes quand même. C'est peut-être le réchauffement climatique, ça se traduit peut-être par une baisse des températures ? Mais qui va les tailler mes milliers de ceps, je vous pose la question, si ça caille comme ça tout l'hiver ? Un ancien me racontait l'autre jour qu'en 56 il avait fait tellement froid qu'ils n'avaient pas pu tailler avant le mois d'avril, qu'il y avait eu alors un monde dans les vignes, pire que sur le périph aux heures de pointe. Quoiqu'à mon avis il devait parler du périph dans les années 60, parce que maintenant ça devient vraiment n'importe quoi le périph, on se croirait dans le Beaujolais au moment des vendanges. Je sais pas si vous savez mais le Beaujolais accueille chaque année des dizaines de milliers de personnes pendant les vendanges, les machines elles devront nous passer sur le corps avant de passer sur nos ceps ! non mais.  En même temps, on a pas (encore) le droit. Un jour peut-être les machines remplaceront les vendangeurs et il ne nous restera plus qu'à vendre nos terres et partir en ville. (??)

 De chez moi, j'ai une vue dégagée sur les vignes du bas de Fleurie. Et bien, y'a des vignerons qu'il neige, qu'il pleuve, qu'il vente, qu'il les trois en même temps même, et bien ils y vont les gars, la capuche sur la tête, le corps penché sur le cep et ils taillent, ils taillent, ils taillent. (le "ils taillent" trois fois, c'est pas un copier/coller involontaire, c'est une figure de style pour bien insister sur le fait que quelque soit le temps, ben les gars ils taillent, ils taillent, ils taillent). Je dis chapeau. Moi, quand je sens plus mes doigts, tout à coup y'a un truc extraordinaire qui me vient à l'esprit et il faut absolument que je rentre pour le raconter sur le blog que si je l'écris pas de tout de suite je vais oublier et ça serait dommage pour vous. Et bien, tenez vous bien, figurez vous qu'hier soir on a mangé des pâtes de blé complet ! Dingue, non ? Les autres trucs que tu peux faire quand y pèle comme ça, c'est de trainer à la cave pour refaire les pleins des fûts des fois que depuis hier le niveau ait vachement baissé ou de regouter les vins pour voir si ça a évolué depuis hier parce qu'hier on était pas gâté non plus au niveau temps. Et bien à ce sujet, y'a quand même un truc marrant, c'est la façon dont le vin bouge avec le temps. Avec les temps devrais-je dire. Celui qui coule dans le sablier quand tu le retournes, et celui qui fait dehors. J'en fais régulièrement l'expérience avec toujours autant d'étonnement (combien de temps encore porterais-je sur le monde ce regard d'enfant émerveillé ? Au fait, le père Noël il existe ou pas alors ?). Bon je vais faire vite, le soleil est revenu. Je disais donc que force est de constater que le vent, la pression atmosphérique, la température ont une influence incroyable sur la manière dont goûtent les vins à la cave. Mais j'y reviendrai, pas le temps de développer, là le soleil brille à fond les ballons et j'ai un peu de boulot dehors et mon boulot c'est vigneron (enfin j'essaie) et pas blogueur. alors y faut que je taille, que je taille, que je taille et pas que trois fois ça serait trop beau.