Il était temps, on s'inquiétait de voir les rosiers et les acacias en fleur, les lilas en bouton, la vigne pleurer sous nos coups de sécateur, comme déjà prête à se réveiller d'un bien court sommeil, avec l'angoisse de voir les jeunes pousses de ses rameaux précocement débourrés, dévastées par les gels de printemps. Avec l'arrivée du froid, on peut espérer un réveil plus tardif et une exposition moins importante à ce risque.
Pas facile en tout cas de tailler avec ce givre qui recouvre les ceps.
Je shoote dedans pour faire tomber le maximun de givre, mais cela ne permet pas toutefois de voir correctement les sarments et de réaliser une taille parfaite. Hier, après deux heures de taille, j'ai renoncé et le givre à nouveau bien présent ce matin devrait encore perturber la taille.
Nos moutons aussi sont recouverts de givre. Leur épaisse fourrure semble les protéger du froid.
Ils semblent par contre apprécier moyennement les sols durs et froids où ils trouvaient leur nourriture jusqu'alors et viennent se joindre aux poules au moment du petit dej' pour leur disputer les corn flakes, sous la surveillance attentive de Charlie !
Derrière la maison il y a un clos de vignes d' un peu plus d'un hectare où les poules et les moutons peuvent se promener en toute liberté. Nous enfermons les poules dans le poulailler (40 m2 quand même je précise !) au moment de la véraison, elles sont de grosses mangeuses de raisin, et les libérons le lendemain des vendanges, un jour bien spécial pour les vignerons, dont elles partagent ainsi la joie. :-)
Pas facile de trouver leurs œufs quand il leur prend l'envie de délaisser les pondoirs du poulailler pour le confort d'un matelas de feuilles ou d'herbe sous les fruitiers, sous les petits conifères d'ornement du jardin, dans les mille recoins du clos et du jardin, une vraie chasse au trésor dont les enfants ont vite fini par se lasser. Ainsi, nous sommes passés de 5 poules au printemps à 37 à la fin de l'été ! Ça nous a permis de faire un troc avec un voisin avec qui nous avons échangé quelques poussins contre des poules découpées et prêtes à manger (mortes, je précise pour les citadins). Il va falloir que les néoruraux que nous sommes se décident à tuer eux-mêmes leurs poules ! On a une poule hors d'âge dans le tas qui va bientôt finir par mourir de vieillesse, une chance pour une poule qui vit à la campagne au milieu des paysans :-) Peut-être devrais-je lancer un tout nouveau concept de maison de retraite pour poules ? Pour poules de luxe. Si les américains n'ont pas déjà déposé le brevet... Ou les chinois, qui sont devenus les champions du monde des dépôts de brevet. Elle semble bien loin l'époque où R&D signifiait pour les chinois Remember and Duplicate. Et nos politiques qui pensaient que nous étions les champions de l'innovation et que cette capacité d'innovation nous permettrait de conserver durablement notre leadership et notre statut de grande nation... Enfin, on a les politiques qu'on mérite (je m'étais pourtant juré de ne pas parler de sujets qui fâchent aujourd'hui :-)
Il nous reste une quinzaine de poules à ce jour, difficile d'en garder plus, tout le monde dort dans le même arbre, un petit tamarin qui semble déjà bien souffrir de servir de perchoirs aux trente pattes de nos quinze volatiles (désolé, pas fait exprès, on a dit pas de sujet qui fâche !). Au pied de l'arbre, ça sent la fiente de poule. Comme diraient certains, pire que dans une bouteille de (tu vas la fermer, on a dit que c'était relâche aujourd'hui !!) .
Elles sont un peu agglutinées les unes sur les autres, mais au moins ça les protège du froid !
Mais revenons à nos moutons :-)
Qui ne sont pas les nôtres d'ailleurs mais ceux d'une jeune femme rencontrée cet été qui a pour projet de monter une ferme pédagogique et de faire de la location de moutons ou de chèvres pour le débroussaillage de terrains laissés en friche (ou de vignes bios :-). Nous lui servons de cobaye, contre quelques caisses de Fleurie. Si l'expérience est concluante, les fabricants de tondeuse chinois n'ont plus qu'à se chercher de nouveaux débouchés ! :-) Et le Fleurie va à nouveau couler à flot ! C'est win-win comme on dit maintenant, c'est un truc qui devrait plaire à nos politiques.
Les moutons sont arrivés chez nous une fois les feuilles de vigne tombées, ce qui s'est produit plus tôt que pour les vignes traitées en conventionnel. Comme quoi les pesticides, c'est vraiment efficace ! (désolé, c'est plus fort que moi) Mon contrôleur Ecocert qui voit des vignes bios tous les jours, m'a rassuré là-dessus le jour de sa visite, en me disant que ce qui n'était pas normal c'était de voir des vignes en novembre encore avec des feuilles... (mais on va pas se fâcher)
Charlie au début était super content de l'arrivée des moutons. Il allait enfin pouvoir montrer de quoi il était capable comme gardien de troupeau ! Quelques semaines plus tard, il m'arrive plus souvent de voir les moutons courir après le chien que l'inverse. (Je vous assure que c'est vrai, la première fois on se frotte les yeux pour voir si on a pas eu la berlue). Donner des ordres clairs, dans la famille, on a jamais été super doué.
J'avais lu quelque part que les moutons adorent le lierre. Je confirme. Quelques troncs de fruitiers commençaient à être envahis, quelques coins de murs, quelques ceps, tout est nettoyé ! Merci les moutons. Parce qu'il n'y a rien de plus chiant que de virer le lierre. Bon, il faudra terminer le nettoyage mais le plus gros est fait.
Je le dis pour les vignerons qui seraient tentés par l'expérience, attention au cuivre, les moutons y seraient particulièrement sensibles. Le millésime m'a permis de ne pratiquement pas traiter et les deux millésimes précédents ont été aussi plutôt faciles au niveau climat, donc je n'ai pas eu à trop forcer sur le cuivre. Mais après un millésime pluvieux, il faut être prudent.
L'année prochaine, des oies devraient venir compléter notre ménagerie. Elles sont herbivores, donc très intéressantes aussi pour le travail de tonte naturelle (désolé ) On commencera par un couple et on verra ensuite si on étend le troupeau. Ce n'est peut-être pas nous qui en déciderons d'ailleurs, bien qu'une oie, de part sa taille, a plus de mal à se planquer pour couver et aussi parce que leur fréquence de ponte n'a rien à voir avec celle des poules.
Nos voisins furent étonnés cet été par la facilité avec laquelle nos poules se reproduisaient dans la nature (aïe! pas fait exprès), combien les poussins s'en sortaient très bien pour se nourrir sans le kit "spécial démarrage poussins" vendu par le marchand de céréales du coin. Pour la première couvée, on a essayé de les nourrir avec ça pour être honnête, mais les poules se chargeaient de tout engloutir avant que les poussins n'aient eu le temps de bouger le petit doigt. Après, on a décidé de laisser faire la nature (redésolé). Et tout s'est bien passé, un peu trop, les couvées s'enchainant alors qu'elles n'étaient pas désirées... Comme quoi, les couvées nature, ça marche ! :-)
Nos voisins sont contents de voir les moutons et les poules se balader dans nos vignes. Au début, on était un peu considéré comme le mouton noir du troupeau avec nos idées bio et toute cette herbe dans la vigne. Mais maintenant que les animaux se chargent de la tonte, on a un visage plus humain.(??)
Certains amis vignerons du coin ont repris des vaches. Il faut dire qu'avec la crise dans laquelle le vignoble est installé depuis de nombreuses années, on arrache beaucoup de vignes et des terres se libèrent où peuvent à nouveau pâturer les animaux qu'on avait envoyés à l'abattoir à l'heure où le Beaujolais coulait à flot et où chaque cm3 de terre devait être utilisé à produire du jus du raisin. Dans les crus, moins affectés par cette crise durable, la vigne domine encore largement et il n'est pas facile de trouver des terrains nus. C'est un frein d'ailleurs au retour des chevaux pour les labours dans notre vignoble. C'est un frein aussi à la diversification de l'activité des viticulteurs. J'ai un ami vigneron habitant à Morgon dont le fils a construit récemment un four et s'est lancé dans le pain bio. Celui-ci a eu bien du mal à trouver des terres pour produire du blé à proximité de chez lui. Certains parmi nous dans le Beaujolais pensent toutefois que l'avenir de notre vignoble passe impérativement par la polyculture. En période de vaches maigres (ah ah), il vaut mieux ne pas mettre tous ses oeufs dans le même panier (qu'est-ce qu'on se marre); les uns en couplant leur activité viticole à une activité d'élevage, les autres en se lançant dans d'autres types de culture, le blé, les arbres fruitiers, le maraichage... Une espèce de retour en arrière en quelque sorte, mais qui ne semble pas dénuer de bon sens... Y compris sur le plan écologique, bien sûr. Nous verrons ce que l'avenir nous réserve mais ce changement implique une remise en cause importante d'une organisation déjà bien fragile et tout ça ne se fera pas d'un claquement de doigts.
La prochaine fois nous parlerons œnologie, ça va nous détendre :-) Cochon qui s'en dédit !
